Site de débat d'idées, animé par des blogueurs de toutes tendances politiques, France Politique est le lieu où s'échangent et s'affrontent les opinions, les réflexions et les convictions les plus diverses.

14 avril 2006

à lire attentivement : Benoit Hamon

Je vous encourage vivement à lire avec attention cette tribune de Benoit Hamon, je partage en grande partie son analyse (il ne le sait pas mais en serait fort aise) :

Parti socialiste : devoirs d'après CPE> Par Benoît Hamon, député européen,> secrétaire national à l'Europe au PS, porte parole du NPS> >

La France découvre avec stupeur la violence de ceux qui viennent du énième rang et la radicalité de ceux qui y sont promis. En face, le pouvoir s'exaspère devant la cohorte de ceux qu'il condamne pourtant chaque jour un peu plus à jouer leur avenir dans une partie à élimination directe. > > Depuis quelques années, les convulsions les plus brutales de la société sont réservées à la jeunesse, première victime des politiques de relégation et de précarisation. Cette radicalité contagieuse répond à la violence d'un double effet d'éviction. > - l'éviction du droit à l'avenir, encouragée par l'alignement du modèle social européen aux normes libérales qui accentue la thatcherisation de la société française engagée par la droite Française depuis maintenant 4 ans.. Sacrifice d'une école républicaine privée d'ambition collective et de moyens à la hauteur des enjeux éducatifs, orientation et accompagnement dans la vie professionnelle en déshérence, équarrissage du droit du travail, report la jeunesse des échéances de la dette de l'Etat et des déficits sociaux, « flicage » d'Internet...

C'est désormais le principe de solidarité à l'envers qui est appliqué, les générations les plus âgées mettant en danger les futures générations par les décisions qu'elles prennent ; en somme, les parents paient avec les chéquiers de leurs enfants.> - l'éviction d'une véritable citoyenneté politique suscitée par des institutions totalement impuissantes à offrir un espace politique adapté à l'_expression des aspirations démocratiques et sociales de la population française.> >

La demande sociale est en conséquence si élevée qu'elle constitue un défi et une responsabilité majeurs pour la gauche si elle revient au pouvoir. Ce qui sera mis à l'épreuve le cas échéant, c'est moins la variét�� de l'arsenal des réponses au chômage des jeunes, à l'exclusion sociale ou aux discriminations, que la mesure radicale des changements que les socialistes jugent indispensables. > >

Fondamentalement, un projet de gauche n'est sérieux à prétendre incarner une « autre politique » que s'il s'attaque au moteur principal du chômage, de l'exclusion et de la précarité de masse : le partage de la richesse entre la rémunération du travail et celle du capital.> >

C'est un patron illustre qui rappelait à ses pairs la réalité économique suivante : « je veux (j'ai besoin) que mes travailleurs achètent mes voitures ». Henry Ford signalait cette évidence pourtant remise en cause par le cycle capitalistique actuel : pour vendre ce que l'on produit, il faut que les travailleurs aient les moyens de vous l'acheter. Il n'en faut pas plus pour démontrer que notre système économique marche sur la tête.> >

Entre 2000 et 2007, ce seront 172 milliards d'euros qui seront passés de la rémunération des salaires à celle du capital dans l'Europe à 25. La part du PIB distribuée en salaires directs et indirects ne cesse de se dégrader au profit de la rémunération du capital. Ce mouvement concerne tous les pays de l'Union Européenne. Michel Rocard rappelait récemment la cruelle réalité de la situation française : si le PIB français de 2005 était réparti entre salaires et capital selon le ratio des années 1980, ce sont entre 120 et 150 milliards supplémentaires de salaires directs et indirects qui auraient été distribués. On mesure l'impact qu'auraient ces 150 milliards additionnels sur les recettes publiques, les comptes de la sécurité sociale et la consommation des ménages : plus de croissance, plus d'emplois, moins de déficits publics et sociaux. > >

Pour la gauche en 2007, vouloir agir sans stopper puis inverser rapidement la dégradation du rapport actuel capital/travail, c'est accepter que celui-ci impuissante la croissance économique, dérègle et bouscule la cohésion sociale, fragilise encore plus le pouvoir d'achat. C'est admettre la réduction de nos marges de manoeuvres budgétaires, la remise en cause définitive de la protection sociale solidaire, et plus fondamentalement, accepter la pérennité d'un chômage structurel de masse et/ou d'un nombre croissant de travailleurs pauvres et précaires. A périmètre d'action semblable, la gauche serait condamnée à échouer devant les aspirations sociales, et à laisser perdurer et aggraver les convulsions de la société française. > >

Négocier un nouveau partage de la valeur ajoutée, c'est donner de l'oxygène politique indispensable pour faire refluer la désespérance sociale et le découragement démocratique. Quand la gauche reviendra au pouvoir, elle devra donc proposer aux partenaires sociaux de négocier par priorité sur la répartition de la valeur ajout��e entre le capital et le travail. Il appartiendra ainsi aux partenaires sociaux de dessiner le périmètre d'un nouvel ordre public salarial, d'incarner et porter la rupture décisive avec le compromis libéral hérité des années 1980. Cette négociation aura pour objectif de fixer le juste niveau de répartition de la richesse créée entre capital et travail pour faire face aux défis de l'éducation pour tous, de la croissance partagée, de la pérennisation d'une protection sociale solidaire et de la lutte contre la pauvreté et la ségrégation. Elle devra pour cela fixer les délais et les rythmes pour atteindre ces objectifs. Et c'est seulement en dernier lieu, au terme de la négociation, qu'il reviendrait à la loi de déterminer par exemple le taux annuel interprofessionnel d'évolution des salaires.> >

Par sa force propre et l'ampleur de ses soutiens dans l'opinion, le mouvement contre le CPE démontre aussi la nécessité d'une rupture fondamentale avec les institutions de la Vème République. Au sommet de l'Etat, les aboiements accompagnent les ordonnances. Le dialogue social est méprisé, le message des urnes ignoré. Jamais le fossé n'est apparu aussi profond entre les citoyens et leurs institutions. Jamais depuis longtemps les Français n'ont eu le sentiment d'être à ce point dépossédés de tout moyen concret de maîtriser leur destin individuel, familial et social. Qui attendait d'ailleurs de l'intervention du Président de la République qu'elle change quoi que ce soit à la crise politique née de la stratégie du gouvernement sur le CPE ? On ne peut plus ignorer, sans mettre en péril la démocratie elle-même, la clameur de ceux que l'ordre libéral sécuritaire de Sarkozy, additionné aux outrances des institutions de la Vème République, relègue aux marges du jeu démocratique. Au-delà de la négociation d'un nouveau partage de la valeur ajoutée, l'autre débouché politique à ce mouvement est clair : l'instauration d'une VIème République Parlementaire.> >

Le défi pour la gauche n'est pas de gagner sur les cendres de la droite mais de proposer et construire un nouvel ordre public social. Cela suppose un élan populaire suscité par les projets de la gauche. Or, il faut encore tendre l'oreille pour saisir en quoi aujourd'hui le PS inscrit son projet dans une alternative à la société libérale voulue par la droite sous couvert « d'adaptation à la modernité». Nous ne changerons rien en fondant notre projet sur le seul diagnostic d'une France qui va mal parce qu'elle serait seulement mal gouvernée. Convaincus que le mouvement social nous garantirait une victoire certaine, la tentation peut être grande de ne rien dire ou de se contenter du slogan « il ne faut promettre que ce que l'on fera ». Mais que fera-t-on demain quand on ne promet rien aujourd'hui ? A ce compte-là, l'investiture présidentielle semble promise au candidat du « moins-disant politique ». > >

Albert Camus affirmait : « Le désespoir ne naît pas d'une adversité obstinée ou de l'épuisement d'une lutte inégale, il naît de ce que l'on ne connaît plus les raisons de lutter, que l'on ne sait plus s'il faut lutter. » Les français ne sont pas désespérés. Ils savent toutes les raisons de lutter. Et ils luttent. Le paradoxe serait qu'ils soient gouvernés demain par des socialistes victorieux mais désespérés.

2 Comments:

Blogger Hussard Bleu said...

Du point de vue économique, cela fait froid dans le dos...
En toute chose, il faut se méfier des visions simplificatrices. Je ne suis pas expert au point de pouvoir juger si la valeur ajoûtée est correctement partagée aujourd'hui. En revanche, je sais que si des hauts salaires ne sont pas synonymes de perte de compétitivité dans les secteurs technologiques et innovants (au contraire), il n'en va pas de même dans les secteurs consommateurs de main-d'oeuvre. Augmenter les salaires, pourquoi pas mais en étant bien conscient des conséquences: (1) plus de pouvoir d'achat ne crée pas d'emploi si les achats se font sur des biens produits à l'étranger et (2) de trop hauts salaires encouragent les entreprises à réduire le plus possible la part de main d'oeuvre dans leurs coûts de production (automatisation, gains de productivité...) et donc, au final, à accroitre le chômage.
Je pense donc qu'une telle voie n'est tenable économiquement que si les salaires augmentent tout en maintenant un coût du travail identique pour les entreprises, c'est à dire concrètement, en réduisant le montant des charges portant sur les salaires.

Je passe par ailleurs sur le discours ideologique (il faut bien plaire à son électorat) digne de la guerre froide et de l'économie planifiée quand je lis "taux annuel interprofessionnel d'évolution des salaires fixé par la loi" !

"Fondamentalement, un projet de gauche n'est sérieux à prétendre incarner une « autre politique » que s'il s'attaque au moteur principal du chômage, de l'exclusion et de la précarité de masse : le partage de la richesse entre la rémunération du travail et celle du capital." Voilà la vision récurrente de la société proposée par l'aile gauche du PS : plutôt que de s'intéresser et de se battre pour trouver les moyens de créer plus de richesse et de permettre à tous de s'enrichir, on préfère partager la richesse existante différemment ! C'est sûr que cela demande moins d'efforts et d'imagination...

Du point de vue des institutions, le constat est plus juste, je crois même que le débat est déjà clos et que la Vème a fait son temps. Nous en sommes ici tous convaincus.

Petite remarque finale: Quand Ford voulait que ses employés puisse acheter ses voitures, il aurait été bien désespéré s'ils avaient acheté de l'électro-ménager allemand, des automobiles japonaises, des parfums français ou des T-Shirts chinois à la place...

10:26 AM

 
Blogger Malkolinge said...

Putain comment ça marche votre truc pourquoi je figue pas parmi les "contributors"

11:37 PM

 

Enregistrer un commentaire

<< Home

 
web statistics