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18 septembre 2006

Priorités

La discussion sur la carte scolaire a au moins le mérite d'attirer l'attention sur une question cruciale, question qui par ailleurs démontre qu'il existe bel et bien encore un clivage droite/gauche. Moins rigolote que les récentes péripéties de Ségo ou Bayrou, (méfions-nous de la politique prise par le petit bout de la lorgnette), la question de l'éducation sera, je l'espère, au cœur du débat pour les présidentielles.

En effet, au-delà de la polémique sur le respect ou l'utilité d'une répartition des élèves par secteur d'habitation avec comme objectif la mixité sociale, se pose le problème de l'inégalité des chances au départ. Et là, nous touchons à un point central de ce qui définit un engagement de gauche. Si pour la droite sarkozyste, la liberté donnée à chacun d'entreprendre assure une égalité de faits, puisque n'importe qui donc tout le monde peut réussir à force de travail et de volonté, la gauche estime pour sa part qu'une inégalité à la naissance, inégalité de classes notamment (certains mots issus d'une rhétorique marxiste conservent leur pertinence, désolé) fausse les règles du jeu libéral et pénalise toute une catégorie défavorisée.

Une chiffre parle de lui-même. D'après Thomas Piketty, sociologue, les enfants d'ouvriers représentent 38,9 % des inscrits à l'entrée au CP mais seulement 19,2% en terminale quand les enfants de cadres qui formaient eux 19% des entrants au CP grimpent à 30% en terminale. Ainsi, il apparaît que le retard cumulé lors de l'enfance et l'adolescence ne sera jamais comblé. Voilà pourquoi il est si important de traiter ce problème dès la prime enfance. Plus l'on attend, plus les inégalités se creusent et seront difficiles à corriger. Sur le modèle des ZEP, mais avec plus d'ambition, il faut impérativement renforcer les moyens de l'école primaire pour en faire un lieu où chacun doit être aidé en tenant compte des handicaps initiaux. Cela passe par la volonté d'accorder des moyens supplémentaires à notre éducation, déjà fort coûteuse, mais dont l'importance, à la fois pour des raisons de justice sociale mais aussi d'efficacité économique, rend indispensable une réforme majeure.

Justice sociale car en tentant de réduire sinon gommer les inégalités à la naissance, on relance un processus d'intégration et le fameux ascenseur social. Efficacité économique car dans notre société post-industrielle, toute une catégorie de professions intermédiaires tend à disparaître pour ne laisser la place qu'à des postes à haute qualification. Offrir aux plus défavorisés des chances d'accéder à ces postes, grâce à un suivi de la prime enfance à l'université, est une manière efficace de répondre aux nouvelles exigences d'une mondialisation qui bouleverse les repères économiques et sociaux traditionnels.

Et là, nous retrouvons les questions primordiales de la formation, de l'université et de la recherche, outils seuls à même de répondre aux défis de l'avenir, défis que nous devons appréhender non pas seulement comme des dangers pour notre modèle social mais aussi comme de formidables moyens de réduire les inégalités.

4 Comments:

Blogger Hussard Bleu said...

Merci Desirdavenir de cette contribution exemplaire (même si je relève une petite pierre dans mon jardin et persiste à croire que la "manipulation" des médias dans la campagne n'est pas "le petit bout de la lorgnette" même si le sujet est traité - j'espère - légèrement).

Comment ne pas être d'accord avec l'objectif généreux qui consiste à vouloir garantir à chacun l'égalité des chances face à la scolarité, et ceci dès la prime enfance ?

Le problème est complexe et je pense qu'effectivement il devrait occuper une place primordiale dans le débat présidentiel (mais je crains qu'il n'en soit rien). C'est d'ailleurs un des chantiers que Tony Blair avait mis au premier plan de ses différents mandats (et oui !)

Je souhaiterais cependant que nos amis socialistes se gardent en matière d'éducation de deux de leurs atavismes favoris.

1) L'angélisme
Même s'il faut effectivement se donner les moyens de garantir à tous les mêmes chances de succès, il faut néanmoins aussi savoir reconnaître que les aptitudes sont diverses, les talents aussi et qu'il ne sert à rien de garantir à tous un niveau de diplôme "minimum" si les capacités des élèves ne le justifient pas (on en voit les résultats avec un Bac dévalorisé d'année en année).

2) Le toujours plus
Je ne vois dans le Post de notre ami aucune proposition concrète pour atteindre ce louable objectif si ce n'est la vieille rengaine socialiste "Cela passe par la volonté d'accorder des moyens supplémentaires à notre éducation". Voilà la solution, des moyens, encore des moyens, toujours plus de moyens ! Un meilleur usage des fonds abyssaux déjà consacrés à l'Education Nationale me semblerait un préalable de bon sens...

Quant à la carte scolaire sur laquelle il ne reste plus que Fabius et le MJS (j'exclue les extrèmes) pour s'y cramponner, il me semble tout à fait révélateur de son inefficacité de voir que les enseignants eux-mêmes sont les plus nombreux à la contourner. A ce titre, un très bon papier de Libé sur la différence entre les belles idées et la réalité : http://www.liberation.fr/vous/education/202696.FR.php

Qu'en pensent nos amis enseignants qui fréquentent ce blog ?

3:41 PM

 
Anonymous Anonyme said...

Si les profs étaient tous bons il y aurait surement de meilleurs élèves... Souvenez-vous de votre intérêt en classe !! N'était-il pas étroitement lié à l'intérêt de votre prof ??? Métier fatiguant ??mais alors pourquoi demanderait-on a des personnes fatiguées, usées ou déprimées de continuer à exercer ?? Chaque année passe dans les classes un "examinateur". J'aimerai que l'on me définisse son rôle... Si je ne suis pas toujours d'accord avec le modèle anglais je lui donne au moins 2 raisons :
- si un prof n'est plus aussi bon on lui demande (mais surtout on lui donne les moyens) de faire autre chose
- tous les universitaires riches ou pauvres payent 1500 € de frais de scolarité par an. Ils ont donc des supers moyens pour étudier et donc décrocher un super poste et donc rembourser très rapidement leur emprunt. Cet investissement les implique aussi à s'investir dans leurs études...

D'autre part je pense que ces bonnes vieilles conseillères d'orientation devraient se bouger un peu plus le cul... ado, même si on ne le sait pas encore, je pense que l'on est déjà un peu plus prédestiner à certaines choses... Pourquoi ne pas faire plus de test alors ??

ENFIN... je pense comme beaucoup qu'il n'y a pas de sot métier... tant que celui çi rapporte du pognon... En attendant mon électricien est parti 3 semaines aux seychelles (même si, c'est vrai, c'est pas la saison) et je pense qu'à défaut d'un plombier français je vais vraiment finir par appeler la pologne.
ps : oui je fais des fautes d'ortrhographe et oui y'a plein de mots dans ce blog que je ne comprends pas !!

4:38 PM

 
Anonymous Henrihirt said...

Plus de moyens : non. Nos amis socialistes sont sans doute les mieux placés pour comprendre que ce n'est pas en donnant plus d'argent à l'école que cette dernière donnera plus de chances aux plus défavorisés. Cela fait ainsi des années que les lycées dits à risque bénéficient des plus importants moyens sans arriver pour autant à se défaire de leurs mauvais résultats ou de leur image difficile.

Dire que les inégalités subsistent en raison d'un manque de moyens de l'Ecole, c'est ni plus ni moins se cacher derrière son petit doigt.

C'est nier l'évidence d'une déliquescence de l'éducation nationale, taraudée et gangrenée par l'idée sous-jacente de Désirdavenir d'une école à la carte, adaptée à l'enfant, à sa classe sociale, à ses appétences et génératrice de diplômes standardisés et sans valeur.

Aujourd'hui, ces idées gauchistes ont conduit le maître à devenir plus un animateur qu'un instructeur, se pliant à une idée d'une Ecole simple lieu d'épanouissement sociologique et d'adaptation à l'environnement immédiat.

On oublie ainsi une instruction reposant sur des fondements solides, une instruction capable d'accompagner chacun toute sa vie, une instruction donnant à réfléchir et structurant la pensée.

En forçant l'école à s'adapter à l'enfant et non l'enfant à l'Ecole, on la "désanctuarise" et on y oublie les notions d'effort, de travail et d'adaptation.

En voulant faire passer l'Ecole de l'égalité des droits à l'égalité des personnes, on impose à tous le même vide intellectuel et culturel.

Or, lorsque l'Ecole abandonne sa mission d'instruction, c'est à l'extérieur que s'acquiert la connaissance et que se construit un rapport au savoir permettant l'autonomie de l'élève ; ainsi sont favorisés ceux des élèves qui trouvent à l'extérieur de l'Ecole les conditions de l'instruction. Donc, les plus favorisés.

Non, Désirdavenir, l'école n'a donc pas à "répondre aux nouvelles exigences d'une mondialisation qui bouleverse les repères économiques et sociaux traditionnels". Au contraire, comme l'expliquait Hannah Arendt, l'Ecole doit être conservatrice et tournée vers le passé afin de permettre la constitution d'un socle commun, générateur d'égalités.

La carte scolaire, sa modification, tout cela ne constitue qu'un faux débat qui ne s'attaque pas aux racines du mal : le rôle de l'Ecole.

Pour ma part, j'estime que l'Ecole doit revenir à son rôle d'instruction, c'est à dire à une transmission ferme des connaissances mais aussi à celle des valeurs de l'effort et du travail.

Ah, la valeur du travail … Voilà, le vrai débat et la vraie raison d'une bipolarisation gauche/droite. N'est-ce pas ?

6:09 PM

 
Anonymous Anonyme said...

"Ainsi, il apparaît que le retard cumulé lors de l'enfance et l'adolescence ne sera jamais comblé".

Différence n'est pas inégalité. En quoi ne pas passer son Bac est un retard ? En quoi être ouvrier est être en retard ? Pourquoi repeter éternellement qu'il y a des classes ? Etre ouvrier est-il méprisable ? Doit-on soigner ceux qui n'ont pas leur Bac ? Etre ouvrier est-il une maladie que l'Etat doit éradiquer par le mammouth Education ?

Que l'économie ait moins besoin de bras, et plus de cerveaux créatifs, c'est certain. Mais le mammouth forme surtout des bêtes à concours, qui savent repeter des statistiques, et reproduire les classes sociales. Reformer ce n'est pas une question de moyen, c'est une question de méthodes. Et mieux vaut un ouvrier créatif qu'un intello qui repete betement ce qu'il a lu ailleurs !

9:45 PM

 

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