Site de débat d'idées, animé par des blogueurs de toutes tendances politiques, France Politique est le lieu où s'échangent et s'affrontent les opinions, les réflexions et les convictions les plus diverses.

07 novembre 2006

Patron, c'est ma tournée !

En dépit de mes appels répétés, mes compagnons de blog persistent en s'attardant sur des questions accessoires, mais souvent orientées, dont la prédominence dans les médias dits traditionnels nous incita, à l'origine, à créer France Politique afin de modestement apporter notre contribution au débat ou attirer l'attention sur un article de fonds.
La politique prise par le petit bout de la lorgnette, nous semblait-il, occupait déja un espace suffisament important pour qu'on ne lui accordât pas de crédit supplémentaire ici-même.

Ainsi, et je m'adresse aux nouveaux lecteurs, la vocation de France Politique n'était pas, dans un premier temps, de reproduire par écrit les différentes opinions anisées déblatérées à l'heure de l'apéro dans le bistrot du coin. Oui, pour reprendre les derniers posts, il existe un jeu entre les différents responsables politiques pour occuper des places, cela n'est guère nouveau, mais surtout, cela ne mérite pas de retenir notre attention.

Alors, pour ne pas décourager les nouveaux inscrits qui pourraient se montrer déçus par la teneur des débats, je vous invite à lire, et à réagir, à des extraits d'une tribune publiée par DSK.
Son socialisme d'émancipation définit parfaitement les valeurs que doit porter, à mon sens, la gauche réformatrice.
J'attire particulièrement votre attention sur le passage concernant les inégalités à la naissance, et les moyens de les réduire en les prenant à la racine, car sinon"les dés sont pipés au départ", c'est mon cheval de bataille depuis les émeutes en banlieue l'an passé :



La préservation du modèle social français face aux attaques du capitalisme moderne passe par de nouveaux modes d’action pour la gauche – le « socialisme de l’émancipation ».

Réparation et prévention

L’essentiel de notre action socialiste repose jusqu’ici sur la réparation : on laisse le capitalisme produire des inégalités, et on les corrige a posteriori par la redistribution. On répare après coup les dégâts provoqués par le marché.

La réparation doit rester au cœur de notre action. Ce n’est pas au moment où le capitalisme produit plus d’inégalités que nous devons baisser la garde ! Au contraire, nous devons renforcer les mécanismes correctifs – ce qui signifie notamment une réforme fiscale de grande ampleur visant à une plus grande progressivité du système fiscal.

Mais la réparation ne suffit plus. L’Etat-providence est débordé par la prolifération des inégalités de marché. Son action redistributive est contrainte dans la mondialisation. Par ailleurs, le modèle de la réparation ne permet pas de faire droit aux aspirations nouvelles des citoyens, qui réclament dorénavant la mise en œuvre de politiques préventives. C’est ainsi qu’ils ne se contentent plus des filets de sécurité ; ils veulent que leur soient donnés les moyens de réussir.

C’est pourquoi le socialisme ne doit plus seulement corriger a posteriori les désordres de l’activité humaine, il doit tenter d’empêcher leur apparition. Pour cela, il doit les attaquer à la racine. Au sein du système productif : en cela il renoue avec le « socialisme de la production » du 19ème siècle, celui des luttes sociales dans l’entreprise. Il faut aller remettre les mains dans la machine capitaliste, afin d’en assurer une meilleure régulation – dans la répartition de la valeur ajoutée, la distribution de la masse salariale, la protection des salariés…

Mais il faut aussi attaquer les inégalités en amont du système productif, au sein de la société. Car les inégalités sécrétées par le marché sont aussi la traduction, financière et professionnelle, d’inégalités de départ dans la société. Celles-ci surdéterminent les destins individuels : les dés sont pipés dès le départ. Selon que l’on naît à Neuilly, Montreuil ou Vaulx-en-Velin, les jeux sont souvent faits d’avance, les destins largement scellés. Pour casser cette fatalité, le socialisme doit opérer une « révolution copernicienne ». Nous avons jusqu’ici promu l’égalité formelle des droits. C’était nécessaire, puisque la société reposait sur l’inégalité juridique. « Donner les mêmes droits à tous » ne permet pas de corriger les inégalités de départ : ajouter un capital public identique à du capital personnel inégalitaire aboutit à un capital global de départ inégalitaire. Pire, Pierre Bourdieu l’indiquait déjà, cette attitude légitime les inégalités : « si vous ne réussissez pas alors que la société vous a donné les mêmes droits, les mêmes opportunités, c’est de votre responsabilité individuelle ». L’égalité réelle des destins et non l’égalité formelle des chances doit être notre nouvelle doctrine. Elle repose sur une nouvelle méthode : la concentration des moyens publics. « Donner plus à ceux qui ont moins » : tel doit être le principe de notre action. Plus de capital public à ceux qui ont moins de capital personnel, afin d’égaliser le capital global de départ.

De l’égalité formelle à l’égalité réelle

Sur quelles bases concentrer les moyens publics ? Il ne s’agit pas de forme de discrimination positive. La marche vers l’égalité réelle ne doit pas se faire selon le modèle américain, sur des bases ethniques ou religieuses qui sont absolument contraires à notre tradition. Elle doit se faire sur des bases républicaines. Il faut combattre les discriminations négatives.

Puisque la clé de lecture principale des inégalités est la ségrégation géographique, alors le ciblage territorial est une bonne approche pour concentrer les moyens sur ceux qui en ont besoin. Les zones d’éducation prioritaire (ZEP) en ont été un exemple. Leur succès mitigé est dû à la faiblesse de leurs moyens et à leur trop grand saupoudrage : les ressources consacrées à un élève de ZEP sont seulement de 7 % supérieures à un élève hors ZEP – contre 100 %, par exemple, aux Pays-Bas. Cela milite non pas pour l’abandon mais au contraire pour un renforcement massif des moyens dédiés à des ZEP recentrées sur les quartiers les plus difficiles. La taille des classes en est le meilleur instrument. Ainsi, la diminution de la taille des classes de ZEP de 22, comme c’est le cas actuellement, à 18 réduirait de 40 % l’écart de performances au CE1 entre élèves de ZEP et hors ZEP. Cette diminution de taille pourrait d’ailleurs se faire à budget constant, par redéploiement des enseignants, avec un impact faible sur les effectifs hors ZEP (qui passeraient de 23 à 24 en moyenne).

Le socialisme de l’émancipation dispose d’un potentiel de réforme très important. Il s’intéresse aux conditions de réussite sociale des citoyens, jusqu’ici cantonnées pour l’essentiel au principe de l’égalité formelle. Il concerne notamment la petite enfance, l’éducation, le logement, l’urbanisme, la santé. Il vise à redonner à chacun la maîtrise de son destin.

3 Comments:

Blogger Hussard Bleu said...

Avant un commentaire plus étoffé, pourrais-tu cher Desirsdavenir nous expliquer un peu plus clairement ce qu'est "l'égalité réelle des destins" que DSK oppose à l'égalité formelle des chances ? Je suis un peu perplexe là... Et, dernière question, pourrais-tu préciser de quoi s'émancipe, le "socialisme d'émancipation" ?

12:08 PM

 
Blogger Désirsdavenir said...

Il me semble que la réponse à ta première question figure dans la tribune de DSK.

Concernant la deuxième, s'émanciper : s'affranchir des contraintes sociales ou morales, se libérer.

L'idée d'émancipation de l'individu est fondatrice du socialisme. Elle doit permettre à l'individu de se débrasser d'un carcan qui l'oppresse (au XIX, le travail, la religion, l'absence de liberté)pour recouvrer une liberté de penser, avoir un accès au savoir, à la culture, choses qui furent longtemps réservées à une élite privilégiée.
Offrir à l'homme les outils qui lui permettront de penser par lui-même, et non comme on lui impose de le faire.
Aujourd'hui, le socialisme d'émancipation propose, et c'est le contenu de l'article, de mettre en oeuvre une politique qui donnera la possibilité aux plus défavorisés, dès la prime enfance, d'avoir accès eux aussi, avec les aides nécessaires, à l'éducation, au logement, à la formation...

12:45 PM

 
Anonymous Henrihirt said...

Personnellement, je suis un peu comme Hussard Bleu, je ne comprends pas très bien ces grandes déclarations de principes.
La conclusion de la déclaration est, en ce sens, une vraie sucrerie.
C'est dommage.
L'idée des ZEP recentrées sur les quartiers les plus difficiles reste intéressante. Mais 1) comment distinguer ces quartiers de ceux "moyennement difficiles" ou "un peu difficiles", 2) d'où sortent les stats de DSK ? et 3) ne faudrait-il pas, parallèlement, aiguiller les profs les plus expérimentés vers ces ZEP (mais l'accepteront-ils ?).

Dans tous les cas, je m'interroge également sur la notion de "réussite" prônée par DSK. A l'heure du "Bac pour tous" et de la deshérence des filières dites parallèles, la volonté d'un même diplôme pour tous me paraît une grossière erreur.

Cette dévalorisation des diplômes accroît, selon moi, les inégalités sociales car, à diplôme égal, le "mieux-né" aura toujours l'avantage.

J'aimerais donc bien savoir ce que souhaite, in fine, ton ami DSK.

Le vrai rôle de l'Etat n'est-il pas de redonner à l'Ecole son rôle d'Institution, porteuse de valeurs républicaines (respect du maître et donc de l'autorité, respect de l'autre et donc de l'égalité, respect de l'effort et donc du travail, respect de valeurs laïques et donc des religions,
respect des aînés et donc de la famille) afin de combler la démission des familles habitant des quartiers déshérités?

2:57 PM

 

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