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17 mars 2007

Y a-t-il encore un français dans la salle ?

La dernière proposition de Nicolas Sarkozy a provoqué des réactions très vives (même à l'intérieur de son propre camp puisque Simone Veil se dit maintenant réservée) qui démontrent que le thème de l'identité nationale est un des grands sujets de préoccupation des français. Car, au-delà des petits programmes (qui n'engagent que ceux qui y croient, pour réprendre un dicton bien connu), la question de notre devenir nous hante et nous perturbe.

Voici ce qu'en dit (fort bien à mon sens ) Eric Zemmour, chroniqueur au Figaro dans sa dernière livraison du 15 mars 2007 :

« Il ne faut pas se payer de mots. C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France. Nous sommes avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. »
Non, ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui a écrit ce texte. Ce n'est pas un « dérapage » de Jean-Marie Le Pen, ni un discours exhumé du maréchal Pétain. Ces propos seraient sans doute qualifiés « d'ignobles » par Ségolène Royal ; et de « dangereux » par François Bayrou. Ils sont pourtant signés du général de Gaulle.
La question de « l'identité française » hante l'histoire de France. Car la France n'est pas une race, mélange improbable depuis les origines de Celtes, d'Ibères, de Grecs, de Romains.
Après la défaite de 1870, Ernest Renan écrivit son discours fameux : Qu'est-ce qu'une nation ? Aujourd'hui, certains intellectuels se posent une autre question : « Existe-t-il encore un peuple français ? » Ou sommes-nous redevenus cet « agrégat de peuples désunis », dont parlait Mirabeau. Même les avocats de Nicolas Sarkozy réduisent l'identité de notre pays à la « citoyenneté républicaine. » Alors, Louis XIV ne fait pas partie de l'identité française ? Ni Jeanne d'Arc, ni Bayard ni Saint Louis ?
Il est, depuis trente ans, interdit de s'interroger sur le destin de la nation française. Multiraciale, multiculturelle, multiconfessionnelle, forcément, sous peine d'être raciste et xénophobe. Mais comment peut-on assimiler un étranger au vide ? Comment lui donner envie de devenir ce qui s'est évanoui ? La gauche interdit au peuple français de défendre « son identité », mais encourage toutes les autres identités du monde à se défendre, qu'elles soient kosovars, palestiniennes, tibétaines ou baltes. La droite, souvent, ne veut pas voir que sa vision du capitalisme, qu'elle juge si archaïque, fait aussi partie de l'identité française.
La question de l'identité française fut déjà le passager clandestin du référendum de 2005. Et à la source du vote Le Pen de 2002. C'est Nicolas Sarkozy qui fait scandale, alors que la gauche et le centre l'accusent d'être l'incarnation diabolique de l'Amérique. « La nation est le seul bien des pauvres. » Jaurès est décidément le grand homme de cette présidentielle.

02 mars 2007

Le Franc-Parler avec Emmanuel Todd

Voici l'émission d'Inter dont je parlais dans mon Post précédent. Même si elle date un peu (fin 2006), écoutez-là, vous ne perdrez pas vos prochaines 50 minutes, je vous l'assure !


Sortir du vide


Le moins que l'on puisse dire à moins de deux mois du premier tour de l'élection présidentielle, c'est que la campagne ne brille pas par sa hauteur de vue. Tout occupés, comme de bons épiciers, à répondre aux préoccupations individuelles des français lors d'émissions à grande écoute qui ne voient la politique que par le petit bout de la lorgnette, nos candidats sont bien loin de proposer au pays un choix de société, une voie pour la France et une vision de sa place dans le Monde et en Europe. Bref, à mon sens, la campagne tourne à vide et ce ne sont pas les dernières "boules puantes" lâchées dans le paysage qui vont améliorer les choses.

Pour prendre un peu de distance (pour ne pas dire de hauteur), je vous propose de lire un entretien paru cette semaine dans Télérama avec le démographe Emmanuel Todd que l'on ne présente plus (la "fracture sociale", c'est lui). Il y développe une idée qu'il avait déjà exposée l'automne dernier - je l'avais entendue sur France Inter et je vous la mettrai en ligne très bientôt - sur le nécessaire protectionnisme européen que nous devrions mettre en place, la remise en cause du libre-échange tel qu'il est aujourd'hui pratiqué, la souffrance des classes populaires, le décrochage des classes moyennes et l'absence de l'économie dans la campagne actuelle.

C'est passionnant. Je vous encourage absolument à le lire ici.

Il confirme également ce que nous sommes si nombreux à penser concernant le décalage des politiques d'avec la vie réelle et le fait que Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ne sont que "des candidats du vide".

Pour mémoire, Emmanuel Todd avait déjà prédit en 1976 la dislocation de l'URSS...

21 février 2007

les points sur les i

Alors que depuis un mois la campagne s'enlisait dans de sombres histoires et anecdotes futiles, le retour de la Madone va, je l'espère, relancer un débat qui s'était étrangement assoupi. En effet, les médias, dont on ne soulignera jamais assez l'inconséquence, la volatilité et la vénalité, s'amusaient à critiquer ou même moquer chaque parole, chaque mouvement, chaque décision de Mme Royal avec le même aveuglement, la même emphase que lorsqu'ils l'avaient portée au pinacle sans plus de raisons.

S'étaient joints à la curée un certain nombre de personnalités du spectacle dont on se fout de connaître les opinions et des pseudo-intellectuels qui dissimulent derrière une posture polémique le vide d'une pensée pourtant supposée venir alimenter le débat.

Devant cette triste campagne, où les petits incidents prennent le pas sur l'analyse des propositions, je fus, je l'admets, un temps trop écœuré pour débattre avec vous. Depuis, le remarquable discours de Villepinte puis la prestation réussie de Ségolène Royal sur TF1, avec toutes les réserves inhérentes à ce genre d'exercice, relancent l'intérêt de la campagne. Dans le même temps, Sarkozy, qui se chiraquise de plus en plus, promet à tout va, fanfaronne, et couche déjà chaque nuit à l'Elysée, du moins dans ses rêves.

Alors, espérons que la campagne a cette fois vraiment commencé et nous offre le meilleur de la politique.

03 février 2007

Et maintenant qu'allons nous faire ?

À quatre-vingt-deux jours du premier tour de l’élection présidentielle, on ne sait encore rien. Ni sur les candidats définitifs pour cause de parrainages difficiles, ni sur les programmes, que ce soient ceux des outsiders (Jean-Marie Le Pen et François Bayrou), des figuratifs (d’Olivier Besancenot à Arlette Laguiller en passant par Marie-Georges Buffet, Dominique Voynet, José Bovet et Philippe de Villiers) et surtout de ceux des deux médiatiquement proclamés finalistes (Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy)

Rien, rien de rien, on ne sait rien… A l’heure où le film sur la môme Piaf sort bientôt sur les écrans (il serait paraît-il très bon) nous, pauvres électeurs, sommes condamnés à suivre les règlements de compte et les coups bas entre les deux « grands » candidats et à sourire des quelques billets des humoristes (du type « La féminitude, le beautisme et le charmage en plus de la culturation. C’est possible avec votre votage pour Ségolène » ou « Grâce à Cécilia, j’ai beaucoup souffert, j’ai beaucoup changé, je suis le nouveau Sarko »).

De tout cela il ressort un malaise de plus en plus prégnant, une interrogation désagréable sur notre futur, une crainte d’être dans une situation bloquée. Et si Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy étaient deux « candidats du vide » pour reprendre l’expression d’Emmanuel Todd ?.

25 janvier 2007

L'abbé et les politiciens

Depuis lundi, tous nos « people » en mal de publicité se sont succédé dans les médias, la larme à l’œil et des trémolos dans la voix, pour porter hommage à l’abbé Pierre, Henri Groues de son vrai nom.
Et bien sûr, les plus présents ont été nos politiciens qui presque tous ont égréné un chapelet de louanges sans fin : Jacques Chirac en décidant un « hommage national » à l’« éternel insurgé de la bonté », Valéry Giscard d’Estaing en demandant de son côté des « obsèques nationales » et Laurent Fabius en souhaitant que sa place « soit désormais au Panthéon ». Il aurait même été question d'une demande de canonisation…
Avant-hier soir, Bernard Kouchner squattait carrément un Journal Télévisé à lui tout seul pour épancher sa peine devant des millions de téléspectateurs, se prévalant surtout, pour l’occasion, de sa grande amitié avec l’homme au béret le plus célèbre de l’hexagone. La preuve, il le tutoyait. À peine était-il interrompu par le chagrin tout médiatique d’une Marie Georges Buffet, d’un François Bayrou et de la plus grande partie de la camarilla française à écharpe tricolore parmi laquelle, bien sûr, nos deux « grands candidats ».

Pleurer sur celui qui les a surtout si bien aidé, inconsciemment ou non, à garder le Pouvoir, est le moins que cette France d’en haut puisse faire. On dit que l’abbé Pierre a « secoué » les politiciens. La vérité est qu’il a surtout été le paravent de leur incompétence face à une misère qui reste, depuis 50 ans une honte nationale.
Car ce n’est pas le monde politique mais les citoyens bouleversés qui, après le pathétique appel du 1er février 1954 en faveur des démunis, répondirent aux besoins. Dès le lendemain on assista à une « insurrection de la bonté », comme il fut dit alors. L’appel de l’abbé rapporta 500 millions de francs en dons, somme aussi énorme qu’inattendue. Le gouvernement français de l’époque, humilié, aurait dû réagir, démissionner ou pour le moins prendre des mesures exceptionnelles pour qu’une telle situation soit réglée à jamais ; il ne le fit pas, ni d’ailleurs les autres gouvernements qui, de droite comme de gauche, lui succédèrent. Au contraire, tous nos politiciens utilisèrent l’abbé Pierre et le formidable élan de solidarité qu’il avait déclenché pour se défausser de leurs responsabilités d’abord sur l’institution qu’il avait créé et qui est aujourd’hui une véritable multinationale (1), puis sur les autres structures du charity business à la française (2) telles que l’ARC, le Téléthon, les Restos du Cœur et les autres associations multiples et variées qui se créent chaque jour et dont Les Enfants de Don Quichotte ne sont que le dernier avatar.

L’abbé Pierre aurait dû être la mauvaise conscience des politiciens. Ce ne fut pas le cas, loin s’en faut, et il va certainement leur manquer.

Notes(1) Communautés d’Emmaüs, Société anonyme de HLM, Fondation Abbé Pierre, association Emmaüs, Confédération générale du logement, entreprises d’insertion, etc.(2) Contrairement à beaucoup d’autres « Les communautés (d’Emmaüs sont) fondées sur le principe de l’économie solidaire et du refus de l’assistanat. Les ressources proviennent exclusivement du travail de récupération de meubles et de vêtements, qui sont ensuite revendus. L’argent sert à faire vivre la communauté, les compagnons percevant environ 45 euros par semaine. Il existe 120 communautés et 4 000 compagnons. La galaxie abbé Pierre, c’est aussi une société anonyme de HLM (Emmaüs-Habitat) qui compte 12 373 logements, concentrés pour l’essentiel dans les huit départements franciliens. L’actionnariat est très dispersé, mais le pouvoir est entre les mains de personnes morales, comme la Fondation Abbé Pierre, Emmaüs France et Emmaüs international. La Fondation Abbé Pierre finance des actions en faveur des personnes défavorisées dans les domaines du logement, de l’insertion ou de la culture. 90 % de ses recettes proviennent de legs et de dons. » (www.liberation.fr, mardi 23 janvier 2007).

22 janvier 2007

Bayrou, outsider ?

Encore récemment, peu de personnes donnaient une chance de réussite à François Bayrou. Mais le dernier sondage IFOP-Paris-Match le crédite de 12 % d'intentions de vote alors que le président du FN en obtiendrait 10 %. Supposons ensemble que Ségolène, victime de sa "rigitude" et des trahisons de ses camarades, s’effondre dans l’opinion et que Bayrou soit l’homme du second tour face à Sarkozy. Connaissant l’amour que le « peuple de gauche » porte à Sarko, ne se pourrait-il pas que nos camarades reportent leurs voix sur Bayrou et que nous assistions à une victoire du leader de l’UDF. Ce n’est là qu’une hypothèse, qu’un simple scénario, mais comment expliquer le soudain échange de politesse entre Bayrou et Chirac. Est-il illusoire de penser que ce dernier, toujours prêt à une dernière ruade pour évincer Sarko, puisse apporter ses moyens considérables, ou du moins son réseau d'influence qui ne l'est pas moins, au député béarnais ?

20 janvier 2007

Comment fabrique-t-on un candidat ?

Lisez cet article, ces questions et ces réponses par deux de nos plus grands publicitaires.
Nous sommes totalement dans l'ère de la politique spectacle, de l'analyse offre-demande, du marketing électoral, du candidat-produit, du couple promesses/électeurs.

Certains d'entre vous penseront que cet interview n'engage que leurs auteurs, que les élections se font encore sur du sérieux, du tangible, du concret. Eh bien apparement non, les programmes ont fait pschitttt, tout le monde s'en fout, vive les savonnettes. Bleues ou roses mes savonnettes, vous avez le choix M'sieurs Dames !

http://www.lefigaro.fr/magazine/20070119.MAG000000453_comment_fabrique_t_on_un_candidat_.html

 
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