Site de débat d'idées, animé par des blogueurs de toutes tendances politiques, France Politique est le lieu où s'échangent et s'affrontent les opinions, les réflexions et les convictions les plus diverses.

30 juin 2006

Incorrigible

Alors que son Président convoque la presse pour un entretien abracadabrantesque qui prouve, si cela fût encore nécessaire, à quel point il est déconnecté de la France.
Alors que son Premier Ministre n'ose même plus donner d'ordre à sa femme de chambre à Matignon de crainte qu'elle aussi, comme la grande majorité de ses ministres ou des députés de son propre parti, ne le rabrouât, Hussard Bleu, lui, n'a d'yeux que pour les affaires du PS.

Tel un amant délaissé, il s'obstine, toujours habité par son obsession de Ségolène. Mais pourquoi ne prête t-il pas son talent, incontestable et incontesté, à la défense de son propre camp qui en aurait tant besoin ? Pourquoi ne met -il pas sa verve et sa fougue au service d'une majorité à la dérive ? Pourquoi ne contribue t-il pas à nous expliquer comment Nicolas Sarkozy va réussir à incarner la rupture alors qu'il est au gouvernement depuis 2002 ?

Non, Hussard Bleu préfère nous servir le même plat, sorti de son congélateur à idées, réchauffé, mais dont le goût a disparu dans les froidures du freezer.

Resaisis-toi, Hussard, tu as du coeur et de l'esprit, utilise les à des fins qui en valent la peine !

Concernant Lionel Jospin, je suis pour ma part étonné et déçu par l'annonce, pas clairement assumée, de son retour à la politique. Il commet là un péché d'orgueil et une erreur fondamentale, qui va à l'encontre des intérêts de son parti. Je m'opposerai à sa candidature mains n'en conserve pas moins pour le Premier ministre qu'il fût une grande admiration et un profond respect.

29 juin 2006

Back in business

Ah que cela fait plaisir de retrouver M. Jospin au journal de 20h ! Son charisme, son allure décontractée, détendue, son aisance naturelle, son humour, certes parfois un peu potache, sa franchise, son courage politique, son opiniâtreté et sa persévérance, ses idées concrètes et innovantes pour la France de demain, tout était là.

De belles retrouvailles aptes à satisfaire tous les électeurs de gauche abandonnés en rase campagne en avril 2002, non ?

Pour ceux qui en redemanderaient, cette intervention émouvante est visible sur le site de TF1 :
http://tf1.lci.fr/infos/france/0,,3312521,00.html
(mais ne vous inquiétez pas, mon petit doigt me dit qu'il y en aura bien d'autres dans les 3 prochains mois... )

Et pour les plus nostalgiques d'entre nous, la déclaration de retrait de la vie politique de M. Jospin peut s'écouter sur le site de Radio France, à la date du 21 avril 2002 (http://www.radiofrance.fr/rf/documentation/sons_annee/recherche.php?s_date=2002).

Les sceptiques pourront ainsi vérifier sur pièces l'absence de l'adjectif "définitif" qualifiant le mot "retrait".

Tous les espoirs sont donc permis !

Fissures

Paru aujourd'hui sous la plume d'Isabelle Mandraud dans le Monde, un petit article, compte-rendu du déplacement effectué par Ségolène Royal à Soissons, qui outre sa réaction embarrassée face au retour dans la course de Lionel Jospin (sur lequel nous reviendrons), témoigne fort justement de son réel caractère que l'on commence à voir paraître sous l'humble vernis de "tout le monde il est gentil, tout le monde il est intelligent, je ne suis là que pour relayer vos idées"...

------
A Soissons, Ségolène Royal se dit "unitaire pour tous"

n détour par une usine occupée, Saint-Germain Emballages, dans la périphérie de Soissons, mardi 27 juin, un échange avec les représentants des salariés sur les patrons "qui se comportent mal", et Ségolène Royal était prête. Prête à répondre bon gré mal gré à l'intervention, publiée le jour même dans Le Monde, de Lionel Jospin. "Tout le monde est bienvenu dans le débat... C'est une voix autorisée bienvenue en soutien au projet...", commence la présidente de la région Poitou-Charentes, candidate à l'investiture du PS pour 2007. "Il fait même référence au projet socialiste. Son article est très bien, c'est une contribution utile", poursuit-elle. Service minimum pour un exercice obligé.

Mais c'est aussi l'occasion pour Mme Royal de se donner le beau rôle. "Compte tenu de ma responsabilité, de la place que j'occupe dans le débat politique, je dois être unitaire pour tous. Moi, je n'oppose pas les socialistes les uns aux autres."

Elle est plus à l'aise pour donner la réplique à Laurent Fabius qui avait, quelques jours plus tôt, ouvert le bal de la contre-offensive en critiquant ses prises de position. "J'ai cette responsabilité de tirer le débat des socialistes vers le haut. Je m'interdis et j'interdis à ceux qui me sont proches de tomber dans le dénigrement. Jamais je ne ferai le procès à un socialiste de ne pas être à gauche car je pense que c'est ravageur", souligne la candidate, avant de couper court. Arrivée avec quelques minutes de retard, une journaliste s'entend répondre durement : "Vous n'aviez qu'à être là. Je ne vais pas recommencer."

C'est pourtant de l'unité des socialistes dont il est question aujourd'hui. Malgré les sondages qui la placent toujours loin devant les autres, Mme Royal ne parvient pas à fédérer la famille socialiste. Mardi, son déplacement dans l'Aisne, se devait d'être un gage supplémentaire donné sur son attachement au PS. A son arrivée, elle s'est d'abord rendue dans le petit village de Chaudun déposer une gerbe sur la tombe de Louis Jaurès, le fils de Jean Jaurès mort en 1918 et dont la stèle avait été inaugurée en 1936 par Léon Blum.

"J'aime beaucoup les commémorations car, sans leur histoire, les socialistes ne seraient pas ce qu'ils sont, a-t-elle expliqué, le soir, lors d'une réunion publique avec 400 militants à Soissons. Ça laisse derrière nous les petites polémiques, les attaques d'où qu'elles viennent." Un coup d'oeil sur l'écran dressé dans la salle pour le match de football France-Espagne, pour la photo, et puis elle est repartie.

Isabelle Mandraud

-----

Ce qui m'interpelle avant tout ce sont les deux phrases : "Compte tenu de ma responsabilité, de la place que j'occupe dans le débat politique..." et "J'ai cette responsabilité de tirer le débat des socialistes vers le haut. Je m'interdis et j'interdis à ceux qui me sont proches de tomber dans le dénigrement. Jamais je ne ferai le procès à un socialiste de ne pas être à gauche car je pense que c'est ravageur".

Elles soulignent tout à fait à mon sens le caractère profond de Mme Royal, celui qu'elle cherche à masquer mais que l'on devine au détour d'une phrase, d'une attitude, du témoignage de ceux qui l'ont approchée, à savoir une très haute opinion d'elle même (c'est criant de vérité dans cet article) masquée par une fausse modestie et une hypocrisie qui se révèle aussi dans le "je ne dénigre pas, je suis au dessus de tout ça, mais quand même..."

En effet, alors que soit-disant elle "ne fera jamais le procès d'un socialiste de ne pas être à gauche", n'a-t-elle pas déclaré que son projet à elle serait "socialiste" en écho intentionnel aux déclarations de Lionel Jospin en 2002 ? Il y a des remarques qui ne laissent rien au hasard...

Le vernis tiendra-t-il encore 10 mois ou se craquellera-t-il avant ?

22 juin 2006

Mon chien aime Sarko

En hommage à Raymond Devos (article paru dans la lettre 9) :

Depuis quelque temps, mon chien m'inquiète…

Il aime Sarko et je n'arrive pas à l'en dissuader. Et cela fait plusieurs mois que cela dure. Au début, je ne parvenais pas à m'expliquer son comportement bizarre. De temps à autre, installé sagement à mes pieds devant la télé, il se mettait subitement et sans raison apparente à remuer la queue, à aboyer, à tendre les oreilles. Il lui arriva même de taper ses deux pattes avant l'une contre l'autre !

J'étais stupéfait, comment et pourquoi un labrador, ayant reçu une éducation britannique des plus strictes, pouvait se laisser aller à de telles manifestations ?
J'eus l'explication de ces phénomènes surprenants la semaine dernière. La télévision diffusait des extraits de la conférence de presse de Sarkozy. Celui-ci, tel un roquet, présentait avec morgue ses résultats obtenus au Ministère de l'Intérieur depuis 2002. Ses aboiements s'avéraient sans doute inutiles, son bilan avait de quoi faire hérisser le poil de n'importe quel observateur censé. Les quelques chiffres lancés aux journalistes comme un os à ronger n'avaient rien d'enthousiasment.

De la cuisine ou j'avais fini de lui préparer sa pâtée, j'appelai mon chien, toujours prompt lorsque arrive l'heure de son dîner. Ne le voyant pas venir, j'insistai : " Blum, ta pâtée est servie, viens vite, ça refroidit !" Toujours rien…
Inquiet, je me dirigeai vers le salon et assistai à une scène bien étrange : mon chien Blum léchait le visage de Sarko en gros plan sur l'écran de la télé !
Comment ce chien au pedigree socialiste irréprochable avait-il pu retourner son poil si vite ? Il ne daigna pas goûter sa pâtée avant que ne s'achevât l'intervention de son nouveau maître.

Plus grave, quelques instants après, alors que nous revenions de sa promenade du soir, il grogna en passant à côté de la gardienne de l'immeuble, la charmante madame K, toujours sans papiers malgré une longue présence sur notre sol et deux enfants nés et scolarisés en France. Et ce satané Blum, d'habitude si câlin, montra ses crocs en passant devant la loge. C'en était trop, j'étais bien décidé à avoir une explication franche avec lui.

Il écouta mes arguments docilement, la gueule posée entre ses pattes, avec un air de chien battu. Dans la foulée, je lui lisais le programme du PS pour 2007, ce genre de lecture le met d'habitude en joie. Là rien, il s'endormit dans son panier sans me jeter le moindre regard.

Dès le lendemain, je l'emmenai chez le vétérinaire. Ce dernier, après un longue examen, m'annonça avec tristesse que mon chien souffrait du syndrome de sarkozyte aigu, maladie redoutable qui perturbe les sens canins. Voilà pourquoi ce labrador au flair si infaillible se comportait comme une truffe !

- Dois-je le faire piquer, demandai-je le cœur serré ?
- Non, heureusement ce mal est curable, je vais lui faire une piqûre, il devrait aller mieux rapidement.

Pas encore rassuré, je le ramenai à la maison. Mais le soir, enfin, je sus qu'il était guéri. Il dévora sa boîte de Royal Khanin et m'inonda de coups de Lang affectueux avant de se coucher près de mon fauteuil d'où nous regardâmes, dans une symbiose retrouvée, l'excellente comédie d'Yves Robert, Un éléphant ça trompe énormément.

21 juin 2006

Rejoignez le PS !

Je vous joins, cela vous décidera peut-être, un atricle rédigé par votre serviteur pour le guide réservé aux nouveaux adhérents PS :

Cher Adhérant,

Tu as peut être hésité avant de prendre ta décision. Après tout, la section de l'UDF est à 5 minutes à pied de chez toi, ta belle-famille t'encourageait vivement à rejoindre les rangs de l'UMP ou bien encore le PCF te proposait un tarif défiant toute concurrence, alors que choisir ?

Après quelques nuits sans sommeil, tenaillé par le doute mais finalement sûr de tes convictions, tu as décidé de rejoindre les rangs du PS, et plus précisément de la section du 9ème et je te félicite pour ce choix que tu ne regretteras pas. Une nouvelle vie s'ouvre à toi, riche en réflexions, discussions, tractage, collage et autres loisirs en tout genre.

Tu ne savais que faire de tes dimanche ? Rendez-vous en face du Shoppy de la rue des Martyrs, la Mecque du bon adhérant, où tu retrouveras les camarades pour une distribution de tracts, formidable moment de communion militante, qui t'offrira en plus la possibilité de faire des rencontres au détour d'une discussion que tu auras engagée sur la politique désastreuse du gouvernement.

Le mercredi soir, tu regardais bêtement un match de foot ou une émission de radio-crochet sur M6, oublie ces sombres égarements, tu auras désormais le loisir de te rendre une fois par moi à l'AG (Assemblée Générale), moment privilégié dans la vie d'une section.
La CA (Commission administrative), dans sa grande clairvoyance, aura au préalable fixé un ordre du jour comportant un point sur la situation politique dans la section et l'arrondissement, puis au niveau national. Ensuite, la discussion portera sur un thème plus précis (le logement, la situation dans les banlieues, le syndicalisme…) avec souvent la présence d'intervenants extérieurs (sociologue, militant d'ONG, maire, économiste…) pour animer le débat, preuve si elle fût nécessaire, de la volonté de notre section de s'ouvrir à d'autres formes de militantisme et d'engagement.

Lors de cette assemblée, tu écouteras, médusé, les interventions pertinentes des membres de la section et après avoir observé pendant quelques temps, toute timidité vaincue, tu prendras à ton tour la parole pour nourrir un débat toujours passionnant. Galvanisé par cette première expérience, tu décideras de rejoindre l'un des nombreux ateliers proposés par notre section (économie, politique municipale, Europe, tricot…) ou là encore tu apporteras ta contribution à l'élaboration d'idées susceptibles d'intégrer, par un cheminement certes obscure, le programme du Parti.

Insatiable, tu décideras ensuite d'écrire dans l'excellente Lettre 9, journal interne de la section se situant entre Le Monde Diplomatique et Charlie Hebdo, dont le retentissement dépasse largement le cercle restreint de sa diffusion.

Pour cet été, tu hésites encore entre la Bretagne ou la Côte Basque, inutiles tergiversations, tu iras désormais à La Rochelle manger des moules tout en assistant à l'Université d'été de ton parti.

Tu trépignais devant les trop nombreuses ambitions déclarées de nos responsables pour l'élection présidentielle, tu pourras, par ton vote au mois de novembre, choisir celui qui incarne le mieux tes idées pour défendre les couleurs du parti.

Ainsi, Cher camarade, ce monde merveilleux t'est désormais accessible, après avoir rempli ton chèque, tu pourras rejoindre ta nouvelle famille et t'épanouir dans une vie militante accomplie.

Ce guide te sera d'une aide indispensable pour comprendre les mécanismes du parti, son fonctionnement, t'imprégner de sa longue histoire. Alors, Cher Camarade, je t'en souhaite une agréable lecture et bienvenue dans notre section.

20 juin 2006

Les bons et les méchants

Merci à Desirsdavenir de nous offrir un si bel exemple, au point d'en être totalement caricatural, du terrorisme intellectuel qui subsiste toujours dans notre beau pays. Je résume : en France, on est soit solidaire, soit libéral. On fait dans la nuance chez les éditorialistes du Monde !

Donc d'un côté la générosité, le souci de l'autre, le refus de l'exclusion, la lutte contre les inégalités, la défense de l'intérêt général et de l'autre l'égoïsme, l'indifférence aux autres, la loi de la jungle et le chacun pour soi. On imagine aisément dans quelle catégorie se range notre ami Desirsdavenir.

Mais où classer ses amis politiques ? Surtout quand on lit dans ce même article que pour M. Andréani "une partie de la gauche modérée est sensible aux sirènes libérales. C'est en particulier le cas de la gauche caviar". Où se rangent alors les laudateurs de Blair, Zapatero, Prodi et consors ? Ségolène, Strauss-Khan, solidaires ou libéraux ? Clinton dans quelle catégorie ? C'est grotesque. Le débat est bien, au contraire, de définir le juste équilibre qui doit exister entre libéralisme et solidarité !

Comme le disait Talleyrand : "Tout ce qui est excessif est insignifiant". On peut en dire de même de la vision simpliste et manichéenne proposée par cet article.

16 juin 2006

Vieilles rengaines

Horrible Tcharlie a raison, Hussard Bleu se trompe d'époque et de question, le débat à gauche, puisque voilà le sujet qui vous préoccupe toujours autant, n'est pas de savoir si l'on accepte l'économie de marché ou pas, cette question a été tranchée voilà plus de 20 ans. Hussard Bleu a certes le droit de s'amuser à se faire peur si il le souhaite, mais les chars rouges en provenance de Moscou ne viendront plus maintenant.

Non, la fracture de notre société oppose aujourd'hui la france solidaire et la france libérale, pour reprendre le titre d'un excellent atricle de Jean-Louis Andréani en page 2 du monde daté du 16 juin dont je vous propose la lecture :

Espérance collective, solidarité sociale et politique... Ces mots étaient ceux de mai et juin 1936. Soixante-dix ans après ce "bel été", le contraste est saisissant entre la France du Front populaire, parfois naïve à force d'enthousiasme, en particulier sur le plan international, et celle de l'été qui s'ouvre : plus de projet collectif, une angoisse sociale multiforme, la solidarité en lambeaux face à la montée d'une véritable idéologie de l'individualisme.

Une nouvelle ligne de partage est en effet venue se superposer aux diverses fractures qui traversent le pays, pour dessiner deux France : celle de la solidarité, et celle de "l'individu-roi", parfois du chacun pour soi. Certes, au sein de la population, la générosité et le souci de l'autre se sont toujours opposés à l'égoïsme et à l'indifférence. Mais la victoire des idées néolibérales, à partir des années 1980, a donné à l'individualisme une justification politique et économique.
Combinée à la fin des grandes espérances collectives sur lesquelles vivait la gauche, la consécration du néolibéralisme a fait une vertu de ce qui était auparavant considéré comme un travers français. Dans le même temps, l'avènement d'une société dont les valeurs essentielles sont l'individu et l'argent a renforcé ou recréé le besoin de solidarité chez ceux qui s'attristent de cette évolution sur un plan humain ou la refusent d'un point de vue politique.

D'un côté donc, une France acquise aux idées libérales. Pour elle, l'individu est le concept essentiel, la concurrence le meilleur régulateur de la société, la loi du marché une règle intangible et salutaire. La défense des acquis sociaux ou le refus de la montée des inégalités, l'intervention de la puissance publique dans l'économie sont marquées du sceau de l'"archaïsme", ou même du "crypto-communisme". Le principe de précaution inscrit dans la Constitution est un signe de frilosité et de refus du progrès. Une certaine indifférence aux autres, en dehors du cercle familial et des relations privées, est souvent le corollaire de ces idées, même s'il n'est pas avoué ou assumé.

En face, la France solidaire se révolte contre l'exclusion, s'offusque des inégalités en France comme dans le monde, défend les services publics "à la française", refuse la prééminence économique des idées libérales, se démène au sein de ce qui prend quelquefois les allures d'une "contre-société" nostalgique des grands mouvements d'antan. Ces militants de la solidarité sont parfois des déçus de la politique, où ils ne trouvent plus de quoi satisfaire leur volonté d'engagement collectif.

La montée en puissance de ce besoin de solidarité est perceptible de diverses façons. Ainsi, le 21 mai, des dizaines de milliers de personnes ont défilé à Paris en musique et sous la pluie, avec pour seul mot d'ordre la solidarité internationale envers les pays du Sud frappés par le sida. De même, pour la première fois, les éditions Autrement publient un "guide de la solidarité" appelé à devenir annuel (Anne Legrand, Bruno Manuel, Ensemble, Initiatives solidaires en France, guide 2006, Autrement, 320 p., 18 €).

Le clivage se retrouve sur la conception de l'Europe, des relations internationales, etc. Il traverse les forces politiques, sociales, l'Eglise. Sans être engagés à gauche, certains chrétiens refusent une doctrine qui laisse les plus faibles "sur le bord du chemin". Dans les banlieues, des élus de droite savent que seule une forte solidarité des habitants entre eux et du pays avec elles peut permettre à leurs communes de s'en sortir. Toujours à droite, certains élus locaux constatent les dégâts sociaux de la hausse de l'immobilier et regrettent que seul le marché gouverne l'accès au logement. A l'inverse, une part de la gauche modérée est sensible aux sirènes libérales. C'est en particulier le cas de la "gauche caviar", comme le souligne Laurent Joffrin dans son Histoire de la gauche caviar (Robert Laffont).

LA FRACTURE

La fracture entre ces deux France est peut-être plus profonde que celle qui opposait droite et gauche des années 1960 et 1970. A l'époque, l'une et l'autre agissaient au nom de l'intérêt général, même si les deux camps s'en faisaient une idée différente. Aujourd'hui, les libéraux les plus radicaux, ou les plus sincères, contestent l'existence même de cet intérêt général. Ils en reviennent aux principes d'Adam Smith, économiste écossais du XVIIIe siècle, selon lequel la situation optimale pour tous résulte du libre jeu de la recherche, par chacun, de son intérêt personnel.

Le père du libéralisme économique est mort en 1790, un an après le début de la Révolution française, qui fonde justement une philosophie politique inverse : depuis 1789, toute l'histoire politique de la France s'est construite sur l'idée que l'Etat républicain exprime et défend un intérêt général qui ne résulte pas de la somme des intérêts particuliers. Or les néolibéraux les plus radicaux, dans la lignée des fondamentaux du thatchérisme, s'excluent de ce consensus.
Ainsi, un site Internet intitulé "La page libérale, l'actualité sous un angle libéral" affiche un texte dont l'auteur, Georges Lane, souligne : "Aux yeux de la classe médiatico-politique, est ultralibéral quiconque raisonne à partir de l'être humain (...) et non pas à partir du concept flou de "société", quiconque avance que l'être humain (...) agit dans son intérêt personnel et non pas dans un prétendu intérêt général." Ce texte renvoie à un autre auteur, présent notamment sur le site de l'Institut Hayek, qui a pignon sur rue. Sous le titre " Le renard dans le poulailler", François Guillaumat soutient que "le laisser-faire ne sacrifie pas (...) l'intérêt de "la société" aux intérêts particuliers", puisque "il n'y a d'intérêt (...) que pour des êtres vivants individuels". Ce texte affirme aussi que tout "pouvoir politique" repose "en dernière analyse sur le pouvoir de nuire, sur la capacité de destruction".

Certes, l'extrémisme que ces textes expriment n'est pas partagé par l'ensemble des libéraux français. Mais la mise en cause de l'Etat, voire de l'action politique elle-même, la vision très individualiste de la société, sont bien à la source de leur démarche.
Il est difficile d'apprécier l'importance relative des deux France, la solidaire et la libérale. Il est sûr en tout cas qu'elles ne se comprennent plus et ne se parlent pas beaucoup. Leur principal point de rencontre est peut-être l'appropriation des nouvelles technologies dans lesquelles, avec des utilisations différentes, les deux excellent. C'est peu pour nourrir la cohésion d'un corps social.

12 juin 2006

Frustration

De l'obsession Ségolène à la frustration DSK.

Vendredi soir, dans l'émission de France Inter "Le Franc-Parler", Dominique Strauss-Khan répondait aux questions des journalistes du Point et d'Inter. Très à l'aise, comme toujours dans ses interventions publiques, DSK a fait forte impression. Censé, modéré, évitant soigneusement surenchère et démagogie, il m'a presque convaincu qu'il était possible qu'un jour le Parti Socialiste français devienne un vrai parti social-démocrate, tournant le dos à ses vieilles lunes idéologiques d'un autre temps (on ne reviendra pas sur la dernière sortie de M. Hollande) pour concilier libéralisme économique et justice sociale.

Il en va de même avec le papier publié par Lionel Stoleru dans le Monde d'aujourd'hui et intitulé "Pour une gauche qui tienne la route" (http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-781489,0.html) et qui, malgré quelques caricatures et approximations économiques (sur la politique de relance par la demande par exemple), présente un visage de la gauche plutôt rassurant et honnête. Allant même jusqu'à avouer : "la gauche, comme la droite, devra gouverner en économie de marché, sauf à quitter l'Union européenne, à fermer nos frontières, à nationaliser les entreprises, bref à revenir un demi-siècle en arrière. Personne ne le fera. Il n'est pas vrai que la gauche renationalisera EDF après 2007, il n'est pas vrai qu'elle abrogera la réforme des retraites. Promettre des lendemains qui chantent, avant 2007, et qui déchantent après, est-ce digne d'une grande formation démocratique ?"

Mais pouvait-on en attendre moins de la part d'un ancien ministre giscardien ayant servi Barre et Rocard ?

On se prend alors à rêver à l'improbable scission du PS qui laisserait sur sa gauche Fabius, Melenchon et Emmanuelli rejoindre Arlette et son facteur et qui ouvrirait la voie à la création d'une vraie formation politique décomplexée de centre-gauche à l'instar du Labour ou des Démocrates américains.

On peut également regretter que les médias ne relaient que si peu la voix de ces hommes-là (d'où la frustration), laissant Ségolène Royal occuper toute la bande passante médiatique (d'où l'obsession)...

Double langage

Article paru dans 20 Minutes le 9 juin dernier : "Les papiers ou le bac, je veux au moins l'un des deux" où l'on apprend (enfin moi en tout cas) qu'en France on peut faire ses études, passer son bac, s'inscrire en BTS tout en étant sans papiers...

Je ne mets aucunement en doute la bonne volonté et l'intégration réussie de la jeune fille qui témoigne dans cet article mais on ne peut que s'étonner que malgré la volonté affichée de tous les responsables de droite comme de gauche pour lutter contre l'immigration illégale, on puisse néanmoins, au vu et au su de tous, poursuivre des études en France et s'inscrire à l'Université en étant dans l'illégalité la plus totale.

C'est bien l'Etat lui-même dans ce cas (l'Education Nationale à tout le moins) qui bafoue les rêgles de Droit les plus élémentaires. Visiblement, cela n'étonne personne, en tout cas pas les 2,2 millions de lecteurs de 20 Minutes...

09 juin 2006

Prostitution: à vous de juger!

Très intéressante, l'intervention de François Hollande hier dans l'émission "A vous de juger" présentée par Arlette.

J'en retiendrai pour ma part une information capitale:

Après avoir demandé avec insistance à Besancenot si enfin, il acceptait de déclarer qu'il reporterait ses voix au 2è tour sur le candidat socialiste, le très fin facteur lui a renvoyé la question: "je n'hésiterai pas une seconde lui a répliqué Monsieur Royal", qui voterait donc pour le candidat de la ligue communiste révolutionnaire en cas de deuxième tour qui opposerait celui-ci à un candidat de la droite républicaine (pas nommé ds la question...). Et même, a-t-il très explicitement fait entendre, en cas de duel Besancenot-Bayrou!

C'est bon à savoir, il aurait du le dire plus tôt.

Au fait, Hollande, il était pas censé être de la branche plutôt sociale-démocrate du PS?

Les dîners doivent être animés dans le couple Hollande: Madame chasse sur les terres de la droite sarkosiste pendant que Monsieur avoue sa préférence pour la LCR sur le centre et la droite républicaine, après nous avoir livré tout de go ce sentiment dans la même émission: "je n'aime pas les riches".

Rien que ça.

Remarque plus on ratisse large...

Il n'en demeure pas moins que ca tourne vraiment au ridicule, lequel ne tue pas heureusement pour nos amis progressistes.. Le parti socialiste s'applatit devant l'extrême gauche (ce qui explique naturellement les nouvelles aspirations sociales de Fabius); la droite, elle au moins, et en tous cas ses dirigeants, n'ont jamais accepté la moindre compromission avec l'extrême droite.

Dommage, on a cru un instant que le PS se modernisait réellement par la voix de Madame Royal. Ca n'est que démagogie pour plaire au plus grand nombre, raconter n'importe quoi pourvu qu'on séduise l'interlocuteur ou l'auditeur.

Une petite perle de la même ce matin sur Inter: "Tous les français sont intelligents."

En voilà une bonne nouvelle, c'est décidé je vote pour elle et sa politique sarko-blairiste, nonobstant le risque de la voir appliquer par des ministres issus de la LCR.

Désirdavenir, on ne t'entend plus, serais-tu un tant soit peu dérouté par la prostitution à laquelle se livrent sans vergogne les ténors du parti?

Lutte des classes

Impossible de rester impassible devant l'aveu de M. François Hollande fait sur France 2 et déjà mentionné par l'Horrible Tcharlie : "Je n'aime pas les riches, j'en conviens."

On passera outre le fait que cette sentence définitive provienne de quelqu'un qui a vécu longtemps dans une maison en plein Paris, au coeur du 7ème arrondissement, à deux pas de l'avenue de Breteuil, mais on ne peut ignorer à quel point ce type de formule trahit de cynisme, de démagogie ou, plus grave encore, d'imbécilité.

En est-on resté chez M. Hollande, chef du Parti Socialiste, au stade de la lutte des classes abandonné par tous les partis de gauche en Europe ? Est-ce là la vision moderniste et réformatrice la plus aboutie du socialisme à la française ? C'est pitoyable.

Soyons donc réalistes et tirons les enseignements de cet aveu de M. Hollande : S'il n'aime pas les riches, pourquoi se battrait-il pour que les pauvres soient riches un jour (quelle horreur) ? C'est bien là la vision affirmée de l'archéo-socialisme français, ne rien faire pour que les pauvres puissent devenir riches mais tout faire pour que les riches deviennent pauvres. CQFD.

02 juin 2006

Fac-Simile

Enorme ! Ségolène Royal n'est pas seulement le meilleur candidat de la Gauche, elle est aussi en train de devenir le meilleur... de la Droite.

"Encadrement militaire", "mise sous tutelle des allocations familiales", "placement d'office en internat scolaire", "mise au carré des familles", le moins que l'on puisse dire c'est que Mme Royal ne caresse pas les idées de l' Archéo-Gauche bien pensante dans le sens du poil et il faut à tout le moins reconnaître son courage. Et sa lucidité. Tournant le dos à l'angélisme béat de l'époque Jospinienne sur le thème de la sécurité, elle développe une approche de fermeté qui, n'en déplaise aux esprits bien pensants qui n'ont jamais vécu dans des quartiers difficiles, séduit aujourd'hui les classes populaires. Celles-là mêmes que le Parti Socialiste est censé défendre (à défaut de les représenter)...

La levée de boucliers et l'embarras suscité par ses prises de position sécuritaires à Gauche ne laissent rien présager de bon quant au Projet définitif qui sera bientôt présenté par le Parti Socialiste.

Florilège :

"On a un Sarkozy dans le pays, c'est pas la peine d'en avoir deux" (Dominique Strauss-Kahn)
"La militarisation de la sécurité, ce n'est pas l'ordre juste mais juste l'ordre" (Jean-Christophe Cambadélis)
"Une dérive droitière sans précédent" (Jean-Luc Melenchon)
"Ce serait le déshonneur de la gauche de proposer de telles mesures" (Claude Bartolone)

Sans parler de la volte-face du plus haut ridicule de Jack Lang qui approuvait les propos de Ségolène ("je suis en plein accord avec ce qui a été dit à Bondy") avant de se raviser et de rappeller au téléphone les journalistes rencontrés quelques heures plus tôt pour manifester sa "perplexité sur la tonalité de ce qui a été dit".

On attend impatiemment la réaction de notre ami Desirsdavenir sur "la chasse aux voix de l'extrème droite" ou la "dérive villieriste" de sa divine Ségolène.

Lien intéressant

Je ne résiste pas à la tentation de vous adresser ce petit lien:

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-776733,0.html

Analyse aussi courte que pertinente parue dans notre quotidien du soir il y a qq jours...

Un emploi du temps surchargé ne me permet malheureusement pas de développer bcp ces temps-ci, mais la petite sortie sarkosiste de la championne de notre Désir me régale, tout autant que les nombreux commentaires qu'elle suscite dans son camp.
Très sympathique également, le volte-face en moins de 12 heures de Président Jack L.

Bien à vous.

 
web statistics